đ€ La rĂ©ponse Ă la question posĂ©e Ă la Cour de cassation nâĂ©tait pas nĂ©cessairement Ă©vidence, mĂȘme si une certaine logique veut quâil en soit ainsi :
« Il en dĂ©coule que lâappel principal dâune partie ne lui interdit pas de former, de la mĂȘme maniĂšre que le sont les demandes incidentes, un appel incident sur lâappel principal de la partie adverse et dâĂ©tendre ainsi sa critique du jugement.
9. Pour dire que la cour dâappel nâest pas saisie de la demande en nullitĂ© du licenciement et de ses demandes subsĂ©quentes, et confirmer le jugement, sauf en ce qui concerne le montant des dommages et intĂ©rĂȘts pour licenciement sans cause rĂ©elle et sĂ©rieuse et lâoctroi de dommages et intĂ©rĂȘts pour prĂ©judice distinct, lâarrĂȘt relĂšve que le salariĂ© a limitĂ© sa dĂ©claration dâappel aux chefs du jugement ayant statuĂ© sur ses demandes subsidiaires formĂ©es contre lâassociation Ă fin de la voir condamner Ă paiement de sommes pour licenciement sans cause rĂ©elle et sĂ©rieuse, et licenciement vexatoire.
10. En statuant ainsi, alors quâelle devait statuer sur lâappel incident du salariĂ© et en particulier sur celles des demandes formĂ©es dans ses conclusions remises le 24 mai 2021 tendant Ă lâannulation du licenciement, Ă la rĂ©intĂ©gration du salariĂ©, au paiement du salaire pendant la mise Ă pied conservatoire et dâune indemnitĂ© dâĂ©viction, la cour dâappel a violĂ© les textes susvisĂ©s. » (Cass. 2e civ., 16 janv. 2025, n° 22-17.732, PubliĂ© au bulletin).
đšâđ« Pour bien comprendre, dans cette affaire, il existe deux appels que nous pouvons qualifier de « croisĂ©s ». Lâappelant est intimĂ© sur lâappel de son intimĂ© et inversement.
Le fait est que lâappelant, salariĂ©, limite son appel Ă certains chefs, ce qui est son droit, et conclut dans cette limite.
Mais sur lâappel de lâemployeur, il conclut au-delĂ de cette dĂ©volution, en se portant appelant incident.
đïžPour la cour dâappel, en limitant son appel, la partie sâĂ©tait limitĂ©e Ă conclure de ces seuls chefs y compris sur lâappel de son adversaire đ€š
đźâđš Heureusement, la Cour de cassation casse cet arrĂȘt qui allait bien trop loin.
đUne partie peut avoir un intĂ©rĂȘt Ă limiter son appel.
En lâespĂšce, on peut imaginer un salariĂ© qui accepte que le licenciement soit qualifiĂ© sans cause rĂ©elle et sĂ©rieuse, alors quâil concluait Ă©galement Ă la nullitĂ© du licenciement, qui nâa pas Ă©tĂ© retenu, et limiter en consĂ©quence son appel au quantum.
đMais si, de son cĂŽtĂ©, lâemployeur fait appel (principal ou incident), du chef de la qualification du licenciement, quâil considĂšre comme ayant une cause rĂ©elle et sĂ©rieuse, on imagine difficilement que le salariĂ© puisse rester sur la seule contestation des quantum.
âąïžSa situation est menacĂ©e car si lâemployeur obtient satisfaction, et si licenciement est regardĂ© comme ayant une cause rĂ©elle et sĂ©rieuse, alors il perd tout.
đIl apparaĂźt donc normal quâil puisse, dans le cadre dâun appel incident sur lâappel de lâemployeur, reprendre sa demande en nullitĂ© du licenciement. Ainsi, si la cour dâappel considĂ©rait que le licenciement a une cause rĂ©elle et sĂ©rieuse, il peut espĂ©rer obtenir satisfaction sur la nullitĂ© du licenciement et les demandes en dĂ©coulant.
âFaut-il rappeler quâune limitation de lâappel ne vaut pas acquiescement des chefs non dĂ©volus ?
đAu surplus, les juges dâappel sont Ă©galement passĂ©s Ă cĂŽtĂ© dâune notion parfois insaisissables quâest lâappel incident provoquĂ© đ€·ââïž
Sur son propre appel, le salarié pouvait se porter appelant incident provoqué, et conclure sur des chefs non dévolus.
Ce nâest pas pour rien que je relevais plus haut que la situation du salariĂ© Ă©tait menacĂ©e par cet appel de lâemployeur.
đLâappel incident de lâemployeur, sur lâappel principal du salariĂ©, justifiait que ce dernier se porte appelant incident provoquĂ© sur son propre appelâŠ
De mĂ©moire, il existe un arrĂȘt de 2005 đ€, de la chambre sociale, qui se prononce sur cet appel incident provoquĂ© dâun appel sur lâappel incident de son intimĂ©.
Trop souvent, on considĂšre que lâappel incident provoquĂ© Ă©manerait dâune partie intimĂ©e. Mais non, et lâespĂšce le dĂ©montre, lâappelant principal peut aussi ĂȘtre appelant incident provoquĂ©, mĂȘme dans un appel Ă deux parties.
đ€·ââïžDonc, comment refuser Ă une partie de faire des demandes sur lâappel de son adversaire, dans le cadre dâun appel incident, alors que ses demandes sont mĂȘme recevables sur son propre appel â
đUn arrĂȘt qui donne lâoccasion dâaborder lâappel incident provoquĂ©, alors pourtant que ce nâĂ©tait pas le thĂšme abordĂ©.
đMais câest ça aussi la procĂ©dure. Câest un ensemble qui doit rester cohĂ©rent. Et un point de procĂ©dure ne se comprend parfois que si on se rĂ©fĂšre Ă un autre point de procĂ©dure. Mais câest en mĂȘme temps toute la complexitĂ© de la procĂ©dure. Dâailleurs, je concluais tout Ă lâheure sur un incident de caducitĂ© et câest lâarticle 547 du code de procĂ©dure civile, qui nâa rien Ă voir avec la caducitĂ©, qui me permet de dĂ©montrer que la caducitĂ© nâa pas de sens.